Mulâtres et Métis du Monde Index du Forum

Mulâtres et Métis du Monde
Bienvenue sur ce forum destiné aux Métis, à leurs parents, enfants et familles.

 FAQFAQ   RechercherRechercher   MembresMembres   GroupesGroupes   S’enregistrerS’enregistrer 
 ProfilProfil   Se connecter pour vérifier ses messages privésSe connecter pour vérifier ses messages privés   ConnexionConnexion 

De Noirs, point de trace

 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Mulâtres et Métis du Monde Index du Forum -> Lecture -> Revue de presse
Sujet précédent :: Sujet suivant  
Auteur Message
MéliA438
Administrateur

Hors ligne

Inscrit le: 29 Nov 2008
Messages: 462
Localisation: Canada
Âge: 28
Féminin
Origines: Afrique/Antilles

MessagePosté le: Sam 20 Déc 2008, 01:46    Sujet du message: De Noirs, point de trace Répondre en citant

De Noirs, point de trace
Leur contribution à l'histoire du Canada constitue l'un des secrets les mieux gardés de notre passé collectif
Jean Dion
LeDevoir 4 février 1993




4000 esclaves au Canada français
Louis-Guy Lemieux
Citation:
Nos ancêtres achetaient, vendaient et possédaient des esclaves. Les Québécois ont des esclaves amérindiens ou noirs dans leur arbre généalogique. L'historien Marcel Trudel a abordé le sujet tabou dès 1960. Il a été chassé de l'université Laval pour avoir osé dire la vérité. En 1990, il bouclait la boucle en publiant un livre incontournable: Le dictionnaire des esclaves et de leurs propriétaires au Canada français.

Dans les livres d'histoire du Canada qu'on nous remettait à la petite école, il y avait des colons français et des coureurs des bois. Il y avait des missionnaires et des sauvages. Il y avait aussi des Anglais, surtout méchants. Mais de Noirs, point de trace. Et pourtant.
Et pourtant, le Canada a un passé esclavagiste. Des Noirs sont nord-américains depuis le XVIIe siècle. Mais de Mathieu da Costa, interprète noir de Samuel de Champlain, on ne parle que depuis 10 ans à peine. Ces faits, on ne les connaît pas ou on préfère les ignorer. Et Paul F. Brown travaille à ce que ça change.
M. Brown est historien. Spécialiste de la question noire au Canada, il a dû s'expatrier en France pour mener à bien ses recherches, parce que la documentation sur le sujet demeure trop pauvre ici. C'est que la présence des Noirs est un gigantesque pan méconnu de notre passé collectif.
M. Brown est aussi Acadien, même si «ça ne paraît pas tellement», comme il dit en souriant. Son nom, il le tient du dernier propriétaire anglo-saxon dont l'un de ses ancêtres fut esclave. En entrevue, il raconte l'envers de l'Histoire comme on raconte une histoire, en parlant au présent et au futur, avec une passion qu'il refuse, de dissimuler.
«Parfois, j'aimerais être un Blanc pour prouver aux gens que l'amour que j'ai pour l'histoire des Noirs, ce n'est pas celui d'un Noir, mais d'un historien», dit-il.
En une heure, il survole près de 400 ans d'une évolution souvent troublée. Il parle des Maliens qui découvrirent l'Amérique du Sud bien avant Christophe Colomb. Des marins noirs qui faisaient partie de l'équipage de Champlain. De l'essor des «renforts africains» qui rallièrent, esclaves, la terre d'Amérique qui avait besoin de «bras». De Mathieu Léveillé, premier bourreau attitré de Montréal.
«La Nouvelle-France avait besoin d'hommes robustes, et elle en a trouvé en Afrique, explique M. Brown. Mais la chose était tellement naturelle que ce n'est qu'à la Conquête, après que les Canadiens français eurent perdu leur statut de possesseurs du territoire, qu'on s'est arrêté et qu'on s'est dit: «Regarde donc ça, comment ça se fait qu'il y a tant de Nègres tout d'un coup?'»
L'historien veut briser le mythe tenace selon lequel «les Noirs ne vivent ici que depuis 1950». Il veut aussi rappeler, mais «sans en faire le procès», que le Canada n'a pas à revendiquer un passé plus glorieux que les autres quant à son traitement de sa minorité noire.
«C'est le problème quand on enseigne l'histoire des Noirs en Amérique du Nord. Dès qu'on prononce le mot 'esclavage', on dit que ç'étaient les Américains. Mais c'est faux! Les Etats-Unis sont venus à la traite négrière longtemps après la France: la nécessité de cette méthode n'est apparue que lorsqu'ils ont dit merde à la mère-patrie. Cela explique l'exode des royalistes, par lesquels se trouvaient d'ailleurs des milliers de Noirs.»
Contrairement aux Etats-Unis, le Canada n'a pas eu besoin d'une guerre de Sécession pour régler la question de l'esclavage. L'affranchissement s'est fait de manière graduelle, avant et après les premières manifestations de 1793, lors desquelles des Noirs sont descendus dans la rue pour crier liberté. Mais le problème est longtemps resté présent.
Négresse trilingue à vendre
En fait, l'Europe terminait son siècle des Lumières lorsqu'on s'est demandé ici «s'il était humain d'utiliser des gens comme des animaux». «Le clergé fermait les yeux, les grands propriétaires terriens trouvaient leur compte dans cette marchandise humaine gratuite», dit M. Brown. Il montre une petite annonce de la Gazette de Québec, datant de 1786, qui fait état d'une «négresse trilingue à vendre». «Difficile à croire, n'est-ce pas?», demande l'historien.
Mais l'histoire des Noirs au Canada n'en est pas une que d'asservissement, ni n'est-elle d'ailleurs le parcours d'un bloc monolithique. M. Brown évoque les clivages qui ont caractérisé les travailleurs devenus fibres au XIXe siècle, la disparité des allégeances et les conséquences d'un retrait progressif des Noirs de la «vie publique».
«Bien sûr que les Noirs ont eu des chicanes, comme ils se sont parfois ralliés. En 1812, lors de la guerre avec les Etats-Unis, 5000 Noirs sont allés au front. On n'entend pas ça souvent. Mais plus tard, il y a eu des affrontements entre les Noirs eux-mêmes: certains, par exemple, qui étaient plutôt pro-francophones ont rallié les Patriotes. D'autres les ont condamnés, et il y a eu quelques morts d'hommes.
Par la suite, les Noirs ont laissé les Blancs s'expliquer entre eux, sont retournés à leurs petites affaires, et on les a un peu ignorés.»
Ostracisme catholique
Quelle qu'ait été la destinée de la communauté noire, M. Brown déplore toutefois que certains experts justifient son absence des livres d'histoire par la petitesse de son nombre. «On dit qu'il n'y en avait pas tant que ça. Bien sûr! Mais il faut se rappeler que la population totale n'était pas ce qu'elle est aujourd'hui. Certains historiens de bonne foi essaient toujours de minimiser le phénomène noir. On ne tenait pas de statistiques à l'époque. Néanmoins, on sait aujourd'hui qu'au XIXe siècle, 50% des Noirs vivant ici étaient nés ici. Ça, c'est intéressant.»
Enrôlés volontaires et participants actifs aux deux conflits mondiaux, les Noirs allaient aussi faire leur marque ailleurs. Peu savent ainsi que le premier mouvement syndical dans la province est le fait des travailleurs noirs du chemin de fer transcanadien, au début du siècle. Réunis en Fraternité, ils devaient accaparer au fil des ans les emplois de porteurs et pour la première fois en deux siècles, détenir un secteur bien à eux.
Ce phénomène, souligne M. Brown, permit aux Noirs de prendre conscience de leur force. Au même moment par le biais des emplois d'été - «tous les Noirs avaient un cousin ou un oncle au Canadien Pacifique» ils purent se scolariser davantage et accéder, du moins pour certains d'entre eux, à des postes plus prestigieux. Pour la première fois.
Là-dessus, il se trouve aujourd'hui encore plusieurs Québécois pour reprocher aux Noirs de s'être assimilés à la minorité anglophone. Cet argument, M, Brown le récuse avec vigueur.
«C'est grâce au clergé anglican que les Noirs ont connu vraiment la fierté. C'est lui qui a sensibilisé les jeunes à la nécessité de s'instruire. A cet égard, le clergé catholique a commis une grave erreur. Je ne suis pas si vieux, et je me souviens que, quand on s'appelait Brown dans les années 50, on ne pouvait pas entrer à l'église catholique. Après, on vient nous dire que nous sommes des anglophones ou des allophones. Je dis oui, mais je dis aussi que vous n'avez pas voulu de nous à cette époque.»
En dépit des tensions, M. Brown ose espérer qu'une meilleure connaissance de l'histoire des Noirs, dont février est le mois à Montréal, va contribuer à ériger des ponts.
«La journée où nos concitoyens canadiens-français vont comprendre notre passé, le jour où on va faire le bilan des allées et venues et des mouvements migratoires, on va se rendre compte finalement que le projet de société dont on parle tant, on va le bâtir ensemble», conclut-il.


 
Source : http://archives.vigile.net/hist/histnat/nf/dionnoirs.html


Revenir en haut
Visiter le site web du posteur
Publicité






MessagePosté le: Sam 20 Déc 2008, 01:46    Sujet du message: Publicité

PublicitéSupprimer les publicités ?
Revenir en haut
Montrer les messages depuis:   
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Mulâtres et Métis du Monde Index du Forum -> Lecture -> Revue de presse Toutes les heures sont au format GMT - 5 Heures
Page 1 sur 1

 
Sauter vers:  

Index | Panneau d’administration | creer un forum | Forum gratuit d’entraide | Annuaire des forums gratuits | Signaler une violation | Conditions générales d'utilisation
Powered by phpBB © 2001, 2005 phpBB Group
Traduction par : phpBB-fr.com