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Le métissage dans la littérature des Antilles françaises

 
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MéliA438
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PostPosted: Sat 20 Dec 2008, 01:07    Post subject: Le métissage dans la littérature des Antilles françaises Reply with quote

Antilles : du discours sur le métissage au métissage des écritures




Dans cet ouvrage, Chantal Maignan-Claverie s’attelle à montrer comment la littérature des Antilles françaises est travaillée, depuis ses origines, par le discours sur le métissage, lequel s’est modifié selon les époques en fonction de l’appartenance sociologique des auteurs. Qu’il soit considéré comme thème (objet du discours)  ou comme élément central d’une poétique, le métissage apparaît comme un fil capable de guider le lecteur dans la littérature antillaise, de sa préhistoire constituée par « les  chroniques des pères blancs » (p. 23) jusqu’au mouvement contemporain de la créolité. Notion-clé dans l’imaginaire antillais, le métissage est au cœur des tentatives successives d’articulation d’une identité antillaise. Sa représentation est un enjeu fondamental du cri de révolte et des différents « meurtres du Père » rythmant la métamorphose de la littérature des Antilles françaises depuis la Négritude qui, par opposition à l’aliénation coloniale, a promu « les valeurs nègres à partir d’un refoulement initial du métissage racioculturel » (p. 312), jusqu’à la créolité qui valorise le métissage en tant que « figure énonciative » (p. 424), en passant par « l’antillanité » ou la « créolisation » de Glissant. On sait que l’œuvre de ce dernier s’élabore, à l’opposé de celle d’Aimé Césaire, « dans la matrice créole, au croisement de toutes les races et de toutes les cultures » (p. 374). Ce qui l’a conduit à présenter la Martinique et la Guadeloupe comme étant la préfiguration du « nouvel ordre mondial qui naît dans le chaos, dans une interférence des civilisations, par des déplacements de populations qui s’accompagnent de déphasages psychologiques et de processus de créolisation » (p. 374).
L’ouvrage est subdivisé en trois parties inégales. Après  avoir montré comment le thème du métissage, qui s’est constitué comme l’objet et l’enjeu du texte littéraire antillais, est, dès l’origine, lié à la problématique des races telle qu’elle est posée dans l’anthropologie des Lumières, la première partie du livre tente de définir les éléments « d’une topologie de la psyché antillaise projetée dans l’espace littéraire » (p. 88) s’articulant sur « un double  système  de référence ». Ce double système de référence est constitué, d’une part, de la culture et de la langue françaises qui se sont imposées au XIXe siècle à la conscience des hommes de couleur et surtout aux mulâtres comme « symbole d’émancipation », « facteur d’intégration et d’ascension sociale, ainsi que d’identification socio-politique à la métropole » (p. 90) et, d’autre part, du créole. Cette langue minorisée sera attestée dans les œuvres des écrivains de couleur éprouvant « un respect superstitieux pour les formes achevées de la littérature française » sous forme de « créolismes », de « termes locaux » ou « citations ». Pour Chantal Maignan-Claverie, l’écrivain antillais « se constitue comme ligne de partage entre deux langues qui s’interpénétreront de plus en plus, « le français étant créolisé et le créole francisé » (p. 90). Aimé Césaire, à qui le livre rend un vibrant hommage, apparaît comme celui qui, profitant de la proximité-différence entre le français et le créole, a été le premier à s’affranchir « des deux langues pour créer sa propre parole poétique » (p. 94). S’appuyant sur le ressourcement africain, « la langue refaite » de Césaire signifie la réorganisation du discours occidental. Elle a permis d’éviter le piège d’une indigénisation des valeurs étrangères ou d’une simple « inversion de la mythologie coloniale » (p. 104).
Après avoir dégagé les éléments d’une topique antillaise, l’auteure s’efforce, dans la deuxième partie, d’esquisser l’archéologie de la représentation du métissage dans la littérature antillaise. Ici, il apparaît clairement que les tréfonds de la conscience où s’alimente la création artistique antillaise du XIXe comme du XXe siècle sont encore  largement hantés par « les schèmes psychologiques de la société de plantation et les figures de l’imaginaire colonial » (p. 23). Mieux encore, pour l’auteure, la représentation du métissage dans la littérature antillaise serait incomplète si l’on ne tenait pas compte des œuvres des chroniqueurs, missionnaires, négriers et administrateurs coloniaux qui ont donné « sa première configuration à l’espace antillais » (p. 110) en mobilisant  la pensée  théologique de l’époque, la tradition aristotélicienne ainsi que la philosophie des Lumières. Ainsi, la vision des « pères blancs » partagés entre l’Europe et le monde des colons
a faussé d’emblée les valeurs inaugurales du discours littéraire antillais. Leur perception globalement négative des mulâtres, ces enfants du péché, connote jusqu’à aujourd’hui le concept de métissage associé à l’idée de bâtardise et de transgression de l’ordre naturel. (p. 23)

Enfin, la troisième partie de l’ouvrage présente une histoire littéraire des Antilles associée  à l’évolution du discours du métissage, et ce, « sous le double point de vue des changements qui affectent les conditions de la représentation et des mutations des formes littéraires » (p. 23). L’auteure distingue quatre ensembles discursifs qui se sont succédé depuis 1806 jusqu’à 1996. Le premier ensemble va de 1806 à 1848, c’est-à-dire de la « date de parution de la première production soulignant la spécificité du discours antillais », à 1848, année qui, par la promulgation de l’abolition de l’esclavage (p. 230), marque une rupture dans le système de représentation du monde colonial. Plus précisément, cette date indique la fin de la Plantation en tant qu’espace organisé, trouvant sa raison d’être et sa caution dans les valeurs de l’Ancien Régime, fondé sur les droits de naissance et le privilège de sang (p. 272). Dans le discours qui couvre cette période, on trouve le mulâtre et le métis dans les œuvres des colons avec une prédilection pour le mulâtre romantique. Il va sans dire qu’il s’agit très souvent d’un mulâtre dénigré. Le deuxième ensemble discursif commence avec la fin du système de Plantation et se termine en 1914. Cette période est marquée par trois paramètres majeurs : la crise du discours des colons obligés d’inventer un nouveau discours en consonance avec « l’idéal républicain et assimilationniste » (p. 273), l’entrée des mulâtres sur la scène littéraire et  la fiction d’une société pluriethnique, multiraciale, harmonieuse et fraternelle (p. 273). Les écrivains mulâtres souscrivant à cette idéologie qui cache la vérité sociale recréent « le couple archétypal du métissage colonial, en féminisant les Antilles offertes à la saisie de l’Étranger, lequel peut être identifié au Père fantasmatique européen » (p. 280). Loin d’entamer un véritable processus de subversion des assises du discours du colon, le mulâtre se contente de s’en démarquer (p. 281). Le troisième ensemble discursif, celui de la Négritude (1914-1946), affirmera l’identité nègre et démystifiera l’idéologie mulâtre (p. 304). Dans le Cahier d’un retour au pays natal, qui « marque l’émergence de la littérature antillaise », on assiste à une sorte de refoulement du métissage racio-culturel » pour promouvoir les valeurs nègres.
En d’autres termes, le métis, ou le mulâtre, est  l’opérateur négatif de la négritude. Il ne s’agit donc pas, pour Césaire, de caricaturer le mulâtre sociologique, comme l’ont fait Damas et Torolien, mais de se déprendre de ce moi étranger qui s’est insinué en lui, de cette personnalité d’emprunt qui l’exile de lui-même. (p. 312)

Enfin, le quatrième ensemble discursif va de 1946 (départementalisation des Antilles françaises) à 1996. Cette période sera marquée, entre autres, par l’apparition de la notion d’antillanité forgée par Édouard Glissant vers 1950 et, à partir de 1970, par la notion de créolité, qui sera conceptualisée en 1989 par Jean Bernabée, Patrick Chamoiseau et Raphaël Confiant. Avec ces deux courants qui, dans leurs pratiques littéraires spécifiques, gardent une relation œdipienne avec le père fondateur qu’est Aimé Césaire, il se produit un basculement significatif au sujet du métissage : on passe progressivement de « l’écriture du métissage » au «  métissage des écritures ». Ici, il s’agit de « faire parler la langue créole comme une « muette » à l’intérieur de la langue française » (p. 24).  Proposant une identité plurielle, mosaïque,
les promoteurs de la créolité opposent aux catégories de l’Universel et du Transcendant et à la dialectique du Même et de l’Autre, les concepts transversaux de « diversalité », ou exaltation du Divers, de « Chaos-monde » comme totalité génésique de l’univers […]. Au plan esthétique, la poétique du Divers et de la Relation trouve son assomption dans l’« oraliture », ce langage hybride qui introduit une « tracée mystérieuse de l’oral à l’écrit » […] c’est-à-dire une greffe de la langue créole et de l’imaginaire qu’elle véhicule sur le français et la tradition intellectuelle dont il est le support. Cette langue de synthèse se définit comme une subjugation à rebours de la littérature et de la culture françaises. (p. 390-391)

Chantal Maignan-Claverie a produit un livre important qui permet de comprendre comment la littérature antillaise est arrivée à la pleine expression que nous lui reconnaissons aujourd’hui en se confrontant sans cesse à la problématique du métissage, laquelle est inséparable du problème identitaire. Mieux, l’auteure analyse avec une aisance remarquable les enjeux sociologiques, culturels et littéraires de l’évolution, sur le double plan du signifiant et du signifié, de la représentation du métissage aux Antilles et montre comment « [l]e passage d’une configuration symbolique à une autre introduit un nouveau système de sens » (p. 228). Il faut dire que ce livre ne donne pas uniquement un éclairage capable de guider le lecteur dans le labyrinthe de la littérature antillaise. Il permet aussi de percevoir autrement la portée « révolutionnaire » de certaines notions auxquelles nous sommes aujourd’hui accoutumés, à savoir « pensée métisse », « logique métisse », « métissité », etc.

Compte rendu par : Kasereka Kavwahirehi

Référence : Chantal Maignan-Claverie, Le métissage dans la littérature des Antilles françaises. Le complexe d’Ariel, Paris, Karthala, 2005, 444 p.

http://www.revue-analyses.org/document.php?id=255


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