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Alexandre Dumas : hommage à l’auteur français le plus lu

 
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MéliA438
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MessagePosté le: Sam 20 Déc 2008, 00:49    Sujet du message: Alexandre Dumas : hommage à l’auteur français le plus lu Répondre en citant

Littérature

Texte de Jacqueline Sorel
Article publié le 21/07/2002

Alexandre Dumas : hommage à l’auteur français le plus lu


Deux cents ans après sa naissance, la France rend hommage à son romancier le plus lu dans le monde. Les cendres d’Alexandre Dumas seront transférées au Panthéon à l’automne.


Alexandre Dumas est né le 24 juillet 1802 (5 thermidor de l’An X), la même année que Victor Hugo, de cinq mois son aîné. C’est le bicentenaire de deux écrivains majeurs de langue française que l’on commémore cette année. Tous deux sont fils de généraux, tous deux ont eu la passion d’écrire, mais si Victor Hugo est enseigné dans les écoles, Alexandre Dumas se lit plutôt durant les vacances, et ses récits où les faits historiques se mêlent au roman, ont pu donner le goût de l’Histoire de France à bien des universitaires, même s’ils ne l’avouent pas.

D’où lui vient ce talent, cette imagination, cette envie de raconter des histoires ? Faut-il les rechercher dans les origines lointaines de ce jeune quarteron de la deuxième génération en imaginant qu’un lointain griot de ses ancêtres lui a légué ses dons ? Faut-il penser que la Révolution française et les conquêtes napoléoniennes ont résonné à ses oreilles d’enfant comme des épopées où la gloire, les drames et les intrigues ressemblent à du théâtre vécu ? Son père, le général Thomas-Alexandre Dumas mourut en 1806, alors que le petit garçon n’avait que quatre ans. A-t-il eu le temps de lui raconter ses batailles et ses conduites héroïques ? A-t-il rappelé ses premières années à Saint Domingue, où il n’était que le fils de Césette, la négresse-compagne de son père, et où l’on parlait de lui et de ses frères et soeurs comme « ceux du mas », les marmots du sieur Delisle, en vérité Davy de la Pailleterie ?

Un vrai roman que cette histoire de famille. Ce grand-père, Alexandre Davy de la Pailleterie, n’est pas très recommandable. Fils aîné de la bonne bourgeoisie normande, il est venu rejoindre son frère cadet à Saint Domingue, un île à l’époque occupée par les Français et les Espagnols où l’on exploite la canne à sucre... et les hommes qui la coupent. Le cadet Charles s’est établi dans l’île et se donne le plus grand mal pour accroître ses biens. Alexandre qui n’a pas envie de se fatiguer, se laisse entretenir par son frère qui le lui reproche souvent. Un beau jour de 1748, il disparaît avec trois serviteurs de son frère et va se réfugier dans un coin de l’île où il prend le pseudonyme de Delisle. Que faire de ces esclaves sinon les échanger contre une belle femme qui peut partager le lit du maître ? Césette Marie sera celle-ci. Elle lui donnera quatre enfants.

Il vend ses propres enfants

Vingt-sept ans plus tard, l’annonce de la mort de Charles arrive aux oreilles du disparu. Le Delisle de Saint-Domingue se souvient qu’il est l’aîné d’une famille Davy de la Pailleterie et qu’il peut reprendre le titre de marquis et le domaine familial. Mais pour cela il faut rentrer en France et le futur héritier est sans le sou. Que peut-on vendre à cette époque où la traite n’est pas abolie ? Sa compagne noire est morte de maladie, mais ses enfants mulâtres lui vaudront un billet de retour sur un bateau en partance pour Le Havre. En France, le revenant fait sensation en se manifestant auprès des enfants et de l’épouse du défunt Charles qui ne peuvent que s’incliner devant la loi du droit d’aînesse. Si le nouveau marquis de la Pailleterie savoure sa vengeance en reprenant ses biens aux héritiers de son frère, il se souvient cependant que lui aussi a une descendance et parmi elle un fils préféré qu’il n’a vendu qu’en « réméré » sous le nom de Thomas Rétoré et donc qu’il peut racheter à son prix de vente. C’est ainsi que « le fils de la Césette du mas » quitte définitivement Saint-Domingue pour participer à la vie française de son père.

Thomas Alexandre Dumas-Davy est un bel enfant au bronzage clair et aux cheveux bouclés. Tandis que son père dilapide la fortune familiale, il étudie. Nul doute qu’il songe à sa mère, restée à Saint-Domingue, et à laquelle il rend hommage en choisissant de porter son nom de Dumas. Le vent de la Révolution française souffle sur l’île et l’esclavage est remis en cause. Thomas-Alexandre qui se veut républicain s’est engagé dans l’armée et s’y comporte en héros. Il va vivre les événements successifs des guerres révolutionnaires et le début de l’Empire. Si sa couleur de peau lui a valu quelques réflexions racistes, elle ne lui a jamais nui auprès des femmes, bien au contraire. Le jeune militaire a su plaire, et en particulier à la fille d’un hôtelier, Marie Labouret, qui deviendra son épouse et la mère de ses enfants. C’est à elle qu’il contera son enfance, ses origines, son passé à Saint-Domingue et c’est par son intermédiaire que le futur écrivain connaîtra le roman des Dumas et des Davy de la Pailleterie.

Alexandre Dumas, dans ses Mémoires racontera les exploits de son père avec fierté. A Bonaparte qui voulait envoyer le général mater la révolte menée par Toussaint-Louverture à Saint-Domingue, l’officier répondit : « Citoyen Consul, vous oubliez que ma mère était une négresse. Comment pourrais-je vous obéir ? Je suis d’origine nègre. Je n’irai pas apporter la chaîne et le déshonneur à ma terre natale, et à des hommes de ma race. » Le militaire a transmis à son fils sa bravoure et son goût du risque, mais aussi sa vitalité et son sens de l’honneur. Le petit Alexandre qui voit son père mourir en 1806, alors qu’il n’a que quatre ans, reçoit cet héritage moral et intellectuel. Les qualités qui ont contribué à la réussite de l’homme d’armes, vont faire celle de l’homme de plume.

Marie Labouret est une femme charmante et intelligente. Mais il est difficile d’élever seule un jeune enfant plein de vitalité, surtout avec une bourse plate. Car le général républicain, à la fin de sa vie, a pris parti contre l’empereur qui ne lui a pas pardonné. La jeune femme ne touche pas de pension et doit solliciter les amis de son mari pour faire évoluer sa situation. Alexandre, lui, est sans souci. Il aime la liberté par dessus tout et accepte mal la discipline scolaire. Né à Villers-Cotterêts, il étudie au collège de l’abbé Grégoire mais il préfère la vie au grand air et la chasse qu’il pratique durant les vacances. Il sera sauvé par sa belle écriture qui lui vaudra dans l’avenir d’être apprécié pour sa calligraphie à une époque où les machines à écrire ne sont pas encore inventées.

Alexandre, comme son père, est un beau jeune homme aux cheveux bouclés, blonds dans sa jeunesse, puis foncés par la suite. Lui aussi plaît aux femmes, et toute sa vie il va en user et en abuser. Ce n’est pas l’armée qui le tente, et le sang chaud qui est le sien le pousse davantage dans les plaisirs de la vie que dans l’héroïsme paternel ou dans le calme bourgeois de la famille Labouret. Alexandre aime le théâtre, il y passerait volontiers sa vie. Et c’est le théâtre qui va le faire connaître et dévoiler ses dons pour l’écriture.

Arrêtons-nous un instant sur cette époque si riche en talents artistiques et dont l’influence se fera sentir sur le bouillant Alexandre. Le romantisme est né en France avec Lamartine qui publie en 1820 ses Méditations poétiques. Le roman historique a trouvé son premier auteur avec Walter Scott qui, en Angleterre a fait éditer Ivanhoe. Le public allemand applaudit les symphonies de Beethoven, tandis qu’en France, Berlioz enthousiasme les romantiques. Des artistes, comme Delacroix, peignent la passion et la violence ; bientôt Balzac analysera la société avec sa Comédie humaine et, au théâtre, Victor Hugo déchaînera les foules en faisant jouer Hernani. En cette première moitié du XIXe siècle, les grandes lignes de l’évolution culturelle de l’Europe se dessinent, et le fils du général va y insérer son talent.

Ce n’est pas Victor Hugo qui a ouvert la voie au théâtre historique mais Dumas, en présentant au Théâtre français une pièce intitulée Henri III et sa cour qui, en 1829, lui vaut la notoriété. Homme de théâtre Dumas ? Oui, oh combien ! Même si son œuvre est de valeur inégale, son tempérament fougueux, son goût de la démesure, son activité débordante le portent à imaginer, à créer, à faire passer dans le public le feu qui couve sous sa plume. Où puise-t-il son inspiration ? Partout ! Auprès de ses amis, des femmes, dans la légende familiale et surtout dans l’Histoire. Dumas se tourna vers le passé pour y composer ses chefs d’œuvre. Il passionna ses lecteurs avec Les Trois Mousquetaires (1844), Vingt Ans après ( 1845), Le collier de la reine (1849) et bien d’autres récits qui continuent d’intéresser la jeunesse et de donner au cinéma ses meilleurs scénarios. La Reine Margot et surtout Le Comte de Monte-Cristo incarné récemment par Gérard Depardieu montrent que les oeuvres d’Alexandre Dumas poursuivent leur trajectoire.

Fabuleux Dumas, qui a conquis la scène et la littérature à la pointe de sa plume avec plus de 600 titres. Fougueux Dumas, amant passionné qui a laissé deux enfants de mères différentes, dont l’un suivra les traces de son père en signant La Dame aux camélias sous le nom de Dumas fils. Bouillant Dumas, républicain convaincu qui s’est engagé dans les tumultes politiques d’une époque où l’empire et la royauté se succédaient dans une France post-révolutionnaire, et où le fils du général Dumas gardait en tête les exploits de son père.

Héritier d’une histoire, d’un métissage qu’il assuma avec orgueil, d’un tempérament effervescent, Alexandre Dumas est un inventeur fécond, un créateur d’images, au verbe coloré, comme en témoignent deux anecdotes qui lui sont imputées : A quelqu’un qui lui reprochait d’avoir violé l’Histoire, il aurait répondu « oui mais je lui ai fait de beaux enfants ». A un autre qui faisait allusion à son ascendance noire, il aurait répliqué « Mon père était mulâtre, mon grand père était un nègre, et mon arrière-grand-père était un singe ; vous voyez monsieur que ma famille commence par où la vôtre finit. » Vraies ou fausses, ces répliques correspondent bien à l’humour et au panache de ce fils du général.

Si certains critiques littéraires ont porté sur lui des jugements sévères, lui contestant une place éminente dans la littérature, d’autres, comme son contemporain et ami Victor Hugo, ont témoigné de son talent. Dans une lettre, adressée à son fils, il résume bien ce que Dumas a apporté à la littérature : « Alexandre Dumas séduit, fascine, intéresse, amuse, enseigne.... Toutes les émotions les plus pathétiques du drame, toutes les ironies et toutes les profondeurs de la comédie, toutes les analyses du roman, toutes les intuitions de l’histoire sont dans l’œuvre surprenante construite par le vaste et agile architecte... » Mais le meilleur hommage rendu à un auteur n’est-il pas celui des lecteurs qui, aujourd’hui encore, lisent avec passion les oeuvres issues de l’imagination de ce conteur d’histoire ?


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MessagePosté le: Sam 20 Déc 2008, 00:49    Sujet du message: Publicité

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